Et si l’avenir du funéraire passait par la coopérative ?
La start-up Inmemori, fondée par Clémentine Piazza, a été placée en liquidation judiciaire le 19 juin 2026. Ses agences de pompes funèbres à Paris, Bordeaux, Lyon et Nantes ne recevront plus de familles. Cette fermeture annonce une nouvelle étape pour le secteur funéraire alternatif en France.
Elle révèle la fragilité des entreprises qui tentent de faire évoluer les rites et les approches.
Mais elle éclaire aussi un autre chemin : la coopérative funéraire.

Inmemori : retour sur dix ans de pompes funèbres alternatives en France
Inmemori a vu le jour en 2016. Clémentine Piazza, diplômée d’HEC, quittait le monde de l’immobilier commercial.
Son ambition : prendre soin des familles endeuillées avec une « Maison de Pompes Funèbres » : un univers qui se voulait chaleureux, loin du vocabulaire commercial du secteur.
Inmemori s’est appuyé sur son réseau de quatre agences en centre-ville. Inmemori Paris, Inmemori Lyon, Inmemori Nantes, et Inmemori Bordeaux.
Société à mission, Inmemori revendiquait trois valeurs : l’empathie, le dévouement et le respect. Des valeurs que nous partageons sincèrement.
La cessation des paiements a été constatée le 9 juin 2026. Le Tribunal des Activités Économiques de Paris a prononcé la liquidation judiciaire dix jours plus tard.
Pourquoi les pompes funèbres alternatives, dont Inmemori a pleinement fait partie, peinent à s’imposer en France ?
Le monde funéraire français reste concentré. Quelques grands groupes dominent par leur statut historique, un maillage territorial dense, des partenariats avec les hôpitaux, les cliniques, les EHPAD… Pour une famille confrontée à un décès, le réflexe reste bien souvent d’appeler le premier nom proposé.
Une entreprise alternative comme Inmemori n’est généralement pas en première visibilité. Elle doit se faire connaître auprès de familles en état de choc. Le moment du décès n’est pas celui où l’on compare les offres. La pression est immense, le temps très court.
Comment se faire connaître quand on refuse de faire peser le poids du marketing sur les familles en deuil ? Chaque euro qui ne part pas en publicité reste dans le service. Dans l’écoute. Dans le temps passé avec les familles. Le modèle est vertueux, mais peu confortable pour une entreprise. Une société par actions, même « à mission », reste soumise à la logique du capital. Elle doit rémunérer ses actionnaires, financer sa croissance, ses investisseurs. Quand la croissance ne vient pas assez vite, le projet s’effondre.
Le Nouvel Obs le relevait en janvier 2026. Le modèle économique dominant fait d’un rituel humain une prestation marchande. Le cœur du métier, l’accompagnement des familles, passe au second plan. Le problème n’est pas l’intention. C’est la structure.
La coopérative funéraire : une conviction, pas un plan B
En France, des acteurs ont fait un choix radical. Celui de la coopérative. Pas par opportunisme. Par conviction profonde. Le funéraire ne peut pas fonctionner comme un commerce ordinaire.
À Bordeaux, Syprès existe depuis 2019. C’est une SCIC, Société Coopérative d’Intérêt Collectif. Ce statut change tout. Pas d’actionnaires à rémunérer. Pas de dividendes. Pas de commissions sur les ventes. Pas de marges arrières. Pas de budget marketing à amortir sur la facture des familles.
Dans le secteur funéraire classique, chaque prestation, chaque produit vendu porte une marge adossée à des commissions sur les ventes. Chez Syprès comme dans la plupart des modèles coopératifs, c’est l’inverse. L’équipe fonctionne sur un forfait unique de 900 euros. Les prestations sont refacturées à l’euro près. Personne n’a intérêt à pousser un prix plus élevé
Edileuza Gallet, Psychanalyste et Cofondatrice, le dit simplement. En France, la mort fait l’objet d’une sorte de déni. Ailleurs dans le monde, le sujet fait partie de la vie. Avec son époux, Olivier Gallet, Cofondateur et Président, et l’ensemble des bénévoles associés au projet, ils partagent un engagement total pour valoriser un modèle sans actionnaires ni marketing à rémunérer. Plus engagé. Plus solidaire.
La gouvernance est citoyenne. Environ 430 sociétaires soutiennent le projet de la coopérative de Bordeaux. 70 % des familles accompagnées deviennent sociétaires. Ce chiffre dit la confiance. L’adhésion à un modèle, pas à une marque.
Le projet ne peut pas être revendu. Les réserves sont impartageables. Au Québec, les coopératives funéraires existent depuis 1942. Elles couvrent 22 % du marché. En France, le mouvement grandit. Nantes, Lyon, Rennes, Caen, Angers, Tulle. Bordeaux en est un maillon essentiel.
Des obsèques écologiques, solidaires et humaines

Chaque cérémonie commence par une rencontre. Un premier rendez-vous règle l’administratif et le financier. Un second, plus long, est consacré à l’hommage. Le célébrant recueille les souhaits des proches et s’imprègne de l’histoire de la personne disparue.
Le réseau de célébrants créé par Syprès est le seul du genre en France. Certains viennent du théâtre, d’autres de l’éducation populaire.
La cérémonie ne suit pas un script. Elle raconte une vie. Certains participants écrivent ou peignent sur le cercueil. D’autres chantent, jouent de la musique. Chaque hommage réinvente les rites à l’image du défunt.
L’écologie funéraire n’est pas un supplément d’âme. Syprès travaille avec des partenaires issus de l’économie sociale et solidaire réellement engagés dans une démarche écologique. Des entreprises à mission, des artisans engagés. Cercueils en bois non traité ou en carton. Urnes biodégradables fabriquées par des céramistes locaux. Fleurs de saison. Démarches à vélo.
Selon une étude de la Ville de Paris, une inhumation en pleine terre émet 182 kg de CO₂. Une crémation, 233 kg. Un caveau en granit importé, 1 252 kg. Ces données orientent le conseil aux familles. Sans dogmatisme.
L’accompagnement continue après les obsèques. Psychologues, groupes de parole, tombes végétalisées. Le deuil ne respecte pas les calendriers. Le service non plus.
Le challenge est colossal. Mais l’enjeu de société est trop important pour ne pas s’y engager. Le laisser aux seules logiques de rentabilité, c’est accepter que la mort reste une marchandise.
Après Inmemori : trouver des pompes funèbres alternatives en France
Pour les familles qui cherchaient Inmemori et souhaitent des obsèques dans le même esprit, le mouvement coopératif répond. À Bordeaux et en Gironde, Syprès intervient sur 28 communes. Bordeaux, Talence, Bègles, Pessac, Mérignac, Le Bouscat, Cenon, Floirac. À Lyon, Nantes, Rennes et dans de nombreuses villes en France, d’autres coopératives portent le même combat.
Rendre à la mort la dignité qu’elle mérite. Ce n’est pas un slogan. C’est un engagement quotidien.